Président
Le Président de la Cour

Mot du Président

 

Mot du Président de la Cour Pénale Spéciale

   La volonté politique de créer une juridiction nationale avec une composition hybride et fonctionnant sur la base des textes juridiques nationaux et internationaux a vu le jour en république Centrafricaine pour lutter contre la culture de l’impunité et afin de rendre justice aux innombrables victimes des différentes crises militaro-politiques que le pays a connu depuis plusieurs décennies.

Le 22 octobre 2018, la Cour Pénale Spéciale (CPS) au cours de son audience solennelle a officiellement lancé ses activités judiciaires. Ce qui hier n’était qu’un projet est devenu une réalité. Rendre les auteurs, les co-auteurs et les complices des violations graves des Droits de l’Homme et du Droit humanitaire international, responsables de leurs actes devient une étape cruciale. Ainsi les personnels nationaux et internationaux composant cette cour, tous unis, doivent se mettre avec abnégation au service de la justice centrafricaine afin de répondre aux grandes attentes des victimes, des organisations de la société civile, la communauté internationale qui soutient la CPS et bien sûr la République centrafricaine. Les défis à relever sont énormes mais nous ne pouvons pas nous dérober car il y va de la survie du peuple centrafricain et de la paix durable dans la sous-région et le monde.

Mon souhait le plus ardent est de voir les animateurs de la Cour Pénale Spéciale à savoir, magistrats, greffiers, secrétaires de parquet, officiers de police judiciaire, avocats et autres personnels d’appui, mériter la confiance placée en eux.

En effet, réussir la mission confiée à la Cour Pénale Spéciale apportera certainement une importante contribution à la paix, à la sécurité et au développement durable de la République Centrafricaine.

Après plusieurs décennies d'instabilité politique et de conflits multiformes, le peuple centrafricain, toutes tendances confondues, s’était retrouvé en mai 2015 pour sceller un véritable pacte républicain à travers ce qu’il est convenu d'appeler le « Forum de Bangui ». Les délégués à cette rencontre citoyenne avaient émis de nombreuses recommandations aux Pouvoirs publics, dont l’une des plus importantes était d'établir un tribunal spécial en vue de lutter contre l’impunité et rendre justice aux innombrables victimes du drame centrafricain.

La Cour pénale spéciale (CPS) est donc l’émanation de cette véritable volonté populaire, arrimée à un ancrage politique qui ne s’est jamais démenti à travers le temps. En effet, alors que la loi créant la CPS avait été adoptée par le Conseil national de la transition et promulguée par la Présidente de la transition, ce sont les Autorités issues des élections de 2016 qui ont engagé la mise en place effective de cette juridiction, dont la spécificité réside dans son caractère hybride et dans sa complémentarité avec à la fois la Cour pénale internationale et les juridictions ordinaires.

Il s’agit bien d’une juridiction nationale centrafricaine, mais qui, de par sa composition et son mode de fonctionnement, capitalise au mieux les ressources humaines nationales et internationales mises à sa disposition.

C’est là toute la richesse de ce mécanisme inédit qui par ailleurs, n’a ni vocation à se substituer aux juridictions ordinaires, ni volonté de s’éterniser ; mais qui en revanche, se propose d’interagir en bonne intelligence avec d’autres mécanismes envisagés par la justice transitionnelle, à savoir : le processus DDRR, la Réforme des services de sécurité, la Commission Vérité Réconciliation et Réparation, la Médiation politique, etc.

Et c’est ici le lieu de rappeler ce vœu cher au législateur centrafricain de voir la CPS, par son dynamisme et son rayonnement, léguer au système judiciaire domestique un héritage en termes de respect des standards des droits humains et de bonnes pratiques.

Puissent les animateurs présents et à venir de cette juridiction, se montrer à la hauteur de cette mission à la fois noble et historique…

Le Président

 

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